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Du protocole à la disparition de l’école rurale

Chronique d’un « changement de paradigme »

D 31 janvier 2016     H 11:27     A Collectif     C 0 messages


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Protocole départemental pluriannuel sur la carte scolaire, baisse des moyens en milieu rural, concentration des infrastructures, transfert des compétences scolaires des communautés aux communautés de communes, chantage institutionnel… difficile pour les parents d’élèves, les enseignant.e.s, les citoyen.ne.s et parfois même les élu.e.s locaux d’y voir clair dans ce qu’ils subissent. Surtout quand le discours administratif et parfois politique tient du tour de passe-passe ou de l’amicale pression…

Pour tenter d’y voir plus clair sur ce qui ce joue sur le terrain, après notre analyse du protocole, nous publions le témoignage d’un observateur du monde éducatif gersois : inégalités géographiques, transfert des coûts (transports, fatigues) aux familles et aux enfants, mort à court-terme des villages gersois qui n’auront plus d’attraits pour les familles en absence d’école.

Stratégie ou mort annoncée ?

Lorsque l’on suit avec un peu de recul et un peu de mémoire les tractations et les enjeux autour de la carte scolaire, on a l’impression d’assister à ces "war games" où des États-Majors propres sur eux jouent à faire avancer des divisions, qui elles, sur le terrain, auront des vrais morts.
A cause de l’austérité et du manque de moyens attribués, mais également d’un mode de gestion qui n’envisage la réalité qu’au travers du prisme libéral, l’institution Éducation Nationale cherche à convaincre les élu.es qu’il n’est de salut que dans la concentration pour réaliser des "économies d’échelles" (en voyant haut et grand, on économise les échelles également, mais cet humour là n’est pas le leur). On a l’impression que c’est le même type de raisonnement qui conduit à développer des élevages-usines contre des petites productions locales.

Sur des territoires entiers du Gers, l’Éducation Nationale pousse les élu.es, parfois par les intercommunalités si elles ont la compétence scolaire, à se convaincre et convaincre leurs administré.es du bienfait de la concentration ; mais pas sur la logique qui avait amené à créer les RPI (Regroupements Pédagogique Intercommunaux) dans les années 1970/1980 afin d’assurer un maillage du territoire opposé à l’idée d’une "grande école" au chef-lieu de canton. Ces RPI ont assuré une réussite des élèves égale à celles d’élèves de plus grosses structures, toutes les études à ce jour le démontrent, dans un climat le plus souvent tranquille, permettant à des élèves de prendre du temps par rapport au groupe. Ils sont recherchés par des familles "nouvellement installées" pour offrir à leurs enfants une scolarité plus apaisée.

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Mobilisation de parents d’élèves (Gers, 2015)
Mobilisation des parents d’élèves d’Ordan-Larroque en 2015.

Au contraire, on fait miroiter à nouveau un modernisme rutilant de structures scolaires plus importantes (à construire à ce jour) vers lesquelles il faudra déplacer les élèves : 15 km de transport scolaire dans le Gers pour un enfant de 3 ans doivent ressembler à un périple du haut de sa perception. Durant toute une année et une vie d’écolier, ce peut ressembler à une inégalité, juste parce que l’école de proximité a été fermée.
Pensez-vous que des familles feront alors le choix de s’installer au sein de l’espace "hyper-rural" pour employer une douce image pour décrire le Gers profond ? La proximité d’une école accueillante, pesait dans la balance, devant l’éloignement de tout, la nécessité d’avoir deux véhicules, des offres restreintes en matière de services, de loisirs voire d’emploi. Les écoles fermées, il ne restera que des "ancien.nes", qui privé.es de la proximité de ces jeunes familles coûteront encore plus cher pour un maintien à domicile décent. Économie d’échelle ?

Il est de bon ton de parler de "changement de paradigme" pour dire qu’on n’est plus capable d’assumer et d’assurer le service public d’éducation au plus près des usagers, de faire croire que le haut débit partout règlera la fracture numérique, mais des gros tuyaux avec rien dedans, ça reste creux !
Pauvres élu.es locaux qui se battent pour faire vivre leur territoire, que l’on fait culpabiliser en expliquant que s’ils s’accrochent à leur école, ce sera au détriment d’une autre, à qui on fait la leçon en signant un protocole tri-annuel qui ressemble à un manuel pour savoir se tirer comme il faut une balle dans le pied, et comble du raffinement, on leur fait payer la balle.

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Mobilisation de parents d’élèves (Gers, 2015)
Mobilisation des parents d’élèves de Castelnau-Barbarens en 2015.

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